23 février 2007
Carmilla - Sheridan Le fanu
Par où commencer ? Bien sûr, j'aurai pu ouvrir sur du Dracula, j'aurai pu vous balancer un historique vite fait ou me justifier pendant 50 lignes sur le pourquoi du comment de ce blog.
Mais non, on rentre dans le vif du sujet directement avec un des pilliers de la littérature vampirique, le pendant féminin du célébre Comte : Carmilla.
Maintes et maintes fois réutilisée, personne ou presque, n'a pourtant pris le temps de lire le livre d'origine. Incompréhensible puisque pour une fois une oeuvre de ce genre est bien traduite (par le même traducteur que les oeuvres de Lovecraft, Jacques Papy), disponible à un prix des plus modiques (1€50 chez le livre de poche collection Libretti) et posséde une préface des plus instructive lorsqu'on est néophyte (notamment une filmographie thématique très utile).
Que dire de plus pour vous convaincre de le lire avant que je déballe mon blabla ?
Le livre date de 1870 et n'a pourtant pas plus de ride qu'un Dan Simmons.
Aborder le théme de l'homosexualité à l'époque était inimaginable -surtout féminine-, c'est pourquoi on utilise la cape du vampirisme.
Pour les amateurs de pseudonymes aux relans Gothiques, Carmilla posséde de nombreux anagrammes, ce qui est une des clefs de l'ouvrage.
Où le placer dans votre bibliothéque ? Entre Bram Stoker et Mary Shelley. C'est la pleine époque.
Le livre est au format "nouvelle" du XIX siècle et début XXème c'est à dire pas le temps de s'ennuyer, et assez de pages pour éviter la frustration. [Pour tous les fans de Stephan Zweig, vous connaissez la recette, Le Fanu est d'ailleurs un avant-gardiste sur le point de la psychiatrie à l'époque, et hop deux points communs.]
Maintenant que vous êtes convaincus. (SI vous l'êtes !). Nous pouvons procéder à la dissection ;
La plupart d'entre vous connaissent déjà les Héros Anne Ricien, mais savez vous que, par exemple, dans Vittorio, le vampire lorsqu'elle se pose en messagère, responsable seulement de la diffusion d'un manuscrit écrit directement par le héros de son livre, elle rend un hommage évident à Le Fanu. En effet, l'auteur commence ainsi sa narration et se dédouane par la même occasion de toute implication dans le récit : personne ne pourra l'accuser de pervertir la jeunesse.
L'écrivain choisit la méthode du héros naïf et semble nous mener dans une trame de parcours initiatique, Laura, l'héroïne est une sorte de princesse dans sa tour d'ivoire ne connaissant rien du monde qui l'entoure.
Le théme de l'enfermement revient d'ailleurs de manière récurrente dans tout le récit, Laura arrive dans un schloss (utilisé pour chateau), elle ne connait rien de la féminité puisqu'élevée par son père et ne se pose aucunes questions sur ce sujet avant de faire la rencontre de toute une vie.
L'élément perturbateur, désincarnée par Carmilla, arrive par accident. Un accident de caléche dans les montagnes démontées de Silésie (Autriche).
Sapho-Carmilla séduit les environs et entreprend avec Laura une relation dont on laisse toute imagination au lecteur.
Seulement, si les jeunes filles se pâment c'est pour ne plus jamais se relever...
Je vous épargnerai le dénouement ; il faut le resituer dans son époque pour ne pas le déprécier.
Je vous conseille donc ce drôle d'objet d'un autre temps, d'une facilité de lecture surprenante,
pour tout ceux que les millions de page du Bram Stoker's Dracula rebutent.
[Je remercie infiniment Poopoopidoow pour la bannière, qui est bonne]
Pour toute question sur la culture vampirique (quête de conseils ou pure curiosité) adressez là en commentaire et laissez votre adresse email.
H.

